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Yorgui Loeffler – le guitariste du jazz manouche au talent exceptionnel

Yorgui Loeffler, photo: Jana Šustová Le guitariste surdoué du jazz manouche et remarquable compositeur, Yorgui Loeffler, né en 1979 à l’hôpital de Haguenau en Alsace, est souvent comparé pour sa virtuosité au célèbre Django Reinhardt. Et effectivement il fait partie de la jeune génération des successeurs de Django appelée « les Enfants de Django », dont font partie entre autre le petit fils de Django David Reinhardt, Samson Schmitt, Matcho Winterstein, Steeve Laffont et Yorgui Loeffler. Il y a eu dans l’histoire deux formations appelées également « les Enfants de Django », dont la première était composée de quelques « anciens » et la seconde, plus récente et qui d’ailleurs n’existe plus, consistait en un « plateau » de 6 musiciens et 3 solistes – Mike Reinhardt, Samson Schmitt et Yorgui Loeffler. Le frère de Yorgui, Gigi, a été l’un des guitaristes rythmiques de ce groupe. Puis à l’initiative du « Chant du Monde/Harmonia Mundi » le trio « Nothing but Django » a vu le jour. Le trio composé de Steeve Laffont, Yorgui Loeffler et de Raphaël Fays joue un répertoire exclusivement Django. Yorgui sort son premier album For Magnio en 2003, en décembre 2007 il enregistre pour le Conseil de l’Europe une version instrumentale de l’Hymne européen (Neuvième symphonie de Ludwig Van Beethoven) le second et son second album Live in Paris, arrive en 2008. Sinon Yorgui se présente sur scène dans ses propres formations (son trio, quartet et quintet) accompagné par le pianiste Vincent Bidal.

Les Manouches font de la musique depuis la nuit des temps mais auparavant le violon dominait la guitare. Les parents de Yorgui étaient évidemment aussi des musiciens mais pas au sens habituel du mot. Le père de Yorgui se débrouillait un peu sur un clavier d’accordéon. Par contre ses oncles étaient de bons instrumentistes, jouaient du violon, de la guitare et chantaient. Comme tous les enfants Yorgui était intéressé par des grandes parties de cache-cache, il grimpait aux arbres et construisait des cabanes avec ses frères aînés. Ce n’est qu’à 14 ans qu’il commence à jouer de la guitare, poussé par son frère Gigi. Yorgui Loeffler évoque ses souvenirs d’enfance et d’adolescence.

Mon père jouait aussi avec mon oncle de la guitare classique et quand ils rentraient à la maison, ils continuaient à jouer. Et moi j’étais jaloux, je voulais faire comme eux. Un jour je me suis dit que j’allais m’y mettre aussi pour accompagner mon père. Et il faut dire que j’ai passé beaucoup de nuits blanches. C’est surtout l’oncle Nicolas qui m’a initié à la guitare. Mais la musique était de toute façon présente sous toutes ses formes. On écoutait vraiment beaucoup. Mon père par exemple écoutait des grandes voix d’opéra. Et bien sûr, Django, était aussi souvent écouté mais j’avoue qu’à l’époque je n’y faisais pas vraiment attention.

Yorgui Loeffler Quand on monte sur scène pour la première fois on a toujours le trac et l’impression du premier concert officiel marque beaucoup. Yorgui nous livre ses impressions de son premier concert officiel.

Jouer sur une vraie scène a été un véritable choc et un plaisir absolu. Mais il ne faut pas se tromper car avec Gigi, ça faisait des années qu’on jouait sur les terrasses des cafés pour se faire un peu d’argent de poche. Le contact avec le public on l’avait donc déjà bien avant notre premier concert officiel. Mais c’était extraordinaire. Lorsque je suis monté sur scène pour la première fois j’étais stressé et mon cœur battait si fort que je le sentais au fond de ma gorge. C’était une grande émotion. Mais tous les concerts que je donne sont comme le premier. A chaque fois j’ai le trac et je suis hyper stressé. Toutefois, j’aimerais ajouter qu’un des premiers grands moments a été au Festival de Musique Tzigane de Strasbourg (qui n’existe plus aujourd’hui) où nous nous sommes produits, tout jeunes et quasiment inconnus du public, devant plus de 1000 personne en avant première de Bireli Lagrène et Didier Lockwood…Ce fut un grand moment d’émotion. Gino, mon cousin bassiste, avait tout juste 16 ans !

La guitare est un instrument vivant, elle parle, elle rit elle pleure. Yorgui essaie le plus possible de raconter la vie à travers cet instrument romantique. Entre les mains du guitariste manouche on dirait qu’elle est magique.

J’essaie de faire parler ma guitare mais quand je joue, la guitare me transmet aussi des messages. J’essaie de faire qu’un avec l’instrument. Et quand je suis sur scène avec ma guitare et les musiciens j’essaie d’être en contact avec le public le plus possible. J’adore jouer de la musique, la musique habite en moi. J’aimerais jouer tout le temps et je sais que je n’arrêterais plus jamais.

L’inspiration, c’est aussi important pour un musicien. Les manouches sont proches des quatre éléments de la nature. Mais Yorgui ne cherche pas vraiment l’inspiration sous les rafales de vent, sous la pluie ou en plein orage.

Comme tout le monde, je n’aime pas être mouillé par la pluie !!! En fait, on a tellement l’habitude de vivre « dehors » qu’on ne se pose pas la question…Mon inspiration, je vais plutôt la chercher auprès de mes proches : principalement mes enfants ! Et puis, il faut vivre et faire vivre sa famille. Quand la survie au quotidien est une vraie préoccupation, on n’a pas trop le temps de se « prendre la tête » avec le vent, la pluie ou le chant des oiseaux !!! Pour un Manouche, le véritable orage c’est quand un enfant est malade…

Yorgui Loeffler Yorgui Loeffler est marié et père de trois enfant. Il a un garçon de 7 ans, une fille de cinq ans et une petite dernière qui va sur un an. Sa jolie femme est une fabuleuse chanteuse.

Oui, c’est vrai, elle chante toute la nuit quand l’un de nos trois enfants est malade. Pour un Manouche mais aussi pour tout homme, avoir des enfants est une forme d’aboutissement de la vie ! Ça fait peut-être ringard et un peu simpliste mais c’est une réalité contre laquelle on ne peut rien ! Je peux donc dire que j’aime beaucoup jouer sur ma guitare mais ma famille joue le premier rôle dans ma vie. Une guitare reste un tas de bois et de ferraille assemblés de façon géniale pour un luthier…mais ça ne peut pas se comparer avec un être vivant !!! Et puis même si je ne pouvais pas jouer de musique, la musique resterait toujours présente dans ma tête !

Les Manouches sont les gens du voyage qui aiment la vie à l’air libre et se déplacent souvent en caravane. Certains, comme par exemple la femme-peintre manouche Mona Metbach, n’arrive pas à s’imaginer d’habiter dans une maison, elle se sentirait oppressée, emprisonnée. Et qu’en pense Yorgui ?

Maison ou caravane, ça n’a pas tellement d’importance pour nous. Quelque part, le voyage est toujours dans nos têtes…Le fait d’habiter en caravane ne veut pas forcément dire qu’on voyage. Pour ma part, j’ai habité en immeuble, en maison, en caravane…Mais je n’ai jamais autant voyagé que depuis que j’habite dans un appartement !!! Mais c’est surtout grâce à la musique et pour exercer mon métier de musicien!

Le racisme et la discrimination persistent malheureusement même au XXIe siècle. Les gens ont toujours tendance à faire la différence entre les blancs et les gens de couleurs. Les Gadjés sous-estiment et agressent souvent les Roms et la République tchèque en fait une triste preuve. En France c’est peut-être un peu différent. Les gens sont probablement plus habitués à la population rom et surtout manouche. Yorgui n’a pas vraiment ressenti d’aversion de la part des Gadjés et n’a pas d’expériences négatives avec la discrimination des Manouches.

Oui et non…On était différent des autres enfants mais finalement qu’est-ce qui ressemble plus à un enfant qu’un autre enfant !!! On s’intéresse au foot qu’on soit manouche, chinois ou turc…Le racisme a toujours existé mais on ne peut pas dire qu’on ait été « persécutés » !!! Je pense que comme vous êtes Tchèque, que la problématique n’est pas du tout la même pour les « Roms » dans les pays de l’ex-bloc de l’est !!! En Alsace il y a toujours eu des Manouches…et nous sommes tout aussi Français que les autres Français. Avec nos différences mais aussi ce qui nous rassemble !

Et que pense le guitariste de génie du jazz manouche de l’extrémisme croissant dans le monde ?

La bêtise n’a pas de nationalité et pas de frontière…

Et bien, la réponse est brève mais tout à fait claire.

Le trio de Yorgui continue à développer ses projets pour le futur mais pour Yorgui Loeffler il est difficile de les focaliser.

Il y en a tellement !!! Pour l’instant, je profite du présent et du fait que ça marche plutôt bien pour moi. On a été très pris par l’anniversaire de la naissance de Django Reinhardt et je participe aux côtés de Raphaël Fays et de Steeve Laffont à un « plateau » Hommage à Django. Après, j’ai surtout envie de tourner avec ma propre formation et de composer pour préparer un troisième album encore plus personnel !

Yorgui et son frère Gigi ont ouvert à Haguenau en Alsace une école pour instruire le jazz Django qui marche très bien. En tous cas il est sûr et certain que la musique est un élément indispensable dans notre vie, elle est partout : à la naissance, dans la vie et dans la mort. Et surtout elle reste un lien entre les nations et ne fait pas de différence de couleur.



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