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Printed 17.04.2021 11:02

Tensions ethniques en Bohême : le gouvernement tente de reprendre la main
20-09-2011  Alexis Rosenzweig

Après déjà quelques semaines de tensions accrues et plusieurs actes de violence, le gouvernement tchèque essaye de calmer les esprits en Bohême du nord et veut proposer des solutions concrètes pour éviter les conflits entre Roms et non-Roms, dans la région et à l’échelle nationale. La tâche n’est pas simple.

Varnsdorf, photo: CTK Les habitants de la petite ville de Varnsdorf sur la place principale chantent d’abord l’hymne national tchèque avant de se diriger vers des immeubles habités par des Roms : la dernière manifestation de ce type a eu lieu samedi et heureusement la police était à nouveau présente en force pour éviter le pire.

Parmi les quelques centaines de personnes à défiler, des crânes rasés néonazis, mais aussi et surtout des familles et des jeunes, qui se disent excéder par la « criminalité tzigane ». Les Roms se barricadent chez eux et regardent la foule par la fenêtre.

Varnsdorf, photo: CTK Celui qui harangue cette foule est un jeune escroc notoire, Lukaš Kohout, qui tient à remercier l’extrême-droite pour son soutien. La jeune femme qui partage sa vie s’est faite arrêter la semaine précédente ; elle portait pendant la manifestation un T-shirt à la gloire d’Adolf Hitler, « pour renvoyer les Roms dans les chambres à gaz ».

Le gouvernement tchèque semble désormais avoir pris conscience du caractère explosif de la situation dans la poche de Šluknov, cette région située à la frontière allemande et déjà touchée par le chômage. Le premier ministre Petr Nečas s’y est rendu lundi et des mesures concrètes doivent être discutées mercredi en conseil des ministres. Avec notamment un versement des allocations sociales soumis à de nouvelles conditions :

Petr Nečas à Varnsdorf, photo: CTK Petr Nečas: « Nous devons être stricts et le versement des allocations aux parents doit être lié à la fréquentation de l’école par leurs enfants. Nous avons le droit de lier ces deux choses. Par ailleurs, à partir du 1er janvier, la personne qui touche des allocations depuis plus de deux mois va devoir faire des travaux d’intérêt général si elle veut toucher la totalité de ses allocations. Il faut qu’il devienne évident que si on reçoit de l’argent, c’est pour un certain travail. »

Patrik Banga Ces mesures visent la minorité rom, souvent accusée par la population majoritaire de vivre aux crochets du système et d’être « inadaptable ». Une centaine d’emplois d’intérêt général devrait être crée. Pour le journaliste rom Patrik Banga, il faut absolument financer cette création d’emplois, au lieu de dépenser des millions dans les interventions devenues régulières des forces de l’ordre :

Patrik Banga: « Il faut qu’il existe ce système qui incite les gens à travailler sous peine de ne plus toucher de prestations sociales. Il n’y a pas d’autres solutions. Parce que le problème des communautés locales est qu’il n’y a pas de travail. Il n’y en a ni pour les Roms ni pour les non-Roms. S’il y avait du travail la situation pourrait au moins partiellement se régler et se calmer. »

Varnsdorf, photo: CTK Le chef du gouvernement a également indiqué qu’il faudrait modifier la législation pour faire en sorte que des hommes d’affaires peu scrupuleux ne fassent plus de profits en incitant les familles roms à déménager des grandes villes dans certaines localités comme celles de Bohême du nord.

Dans un pays où 400 ghettos roms ont été répertoriés, politiciens et ONG s’accordent pour dire que c’est à l’échelle nationale que doivent être prises les initiatives. A l’échelle européenne également : le conseil de l’Europe organise d’ailleurs ce jeudi un sommet des maires à Strasbourg pour discuter de la situation des Roms.




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