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Printed 23.09.2020 11:28

La question rom en débat - partie 2
19-03-2009  Antoine Idier

Nous évoquions en début de semaine la question des populations Roms en Tchéquie. Dans la suite de cet entretien réalisé avec Mathieu Plésiat, nous nous intéressons aujourd’hui aux politiques menées par les gouvernements tchèques ces quinze dernières années. Confrontées à la complexité de l’identité des Roms, ces politiques ont suivi plusieurs voies : Mathieu Plésiat revient d’abord sur les politiques dites « multiculturalistes » menées à la fin des années 90, puis sur les politiques mettant l’accent, à partir des années 2000, sur l’exclusion sociale.

Que penser également de l’attitude des gouvernements successifs tchèques à l’égard des populations Tsiganes ? En 2007, par exemple, la Tchéquie avait été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme, à propos des discriminations dans l’accès à l’éducation...

« Au début des années 1990, on assiste à une absence de réaction de la part des pouvoirs publics. Les ONG commencent à être interpellées à propos des agressions à caractère raciste, aussi à cause de l’immigration et du départ en masse de Tsiganes vers le Canada et la Grande-Bretagne. Dans un contexte d’accession à l’Union Européenne, le gouvernement tchèque est invité expressément par les autorités de l’Union Européenne à mettre en place une véritable politique. Il met alors en place une politique que certains appellent ‘de la poudre aux yeux’ qui est le multiculturalisme. C’est vraiment une période où, au nom du multiculturalisme, on valorise des éléments culturels, on doit parler de l’histoire… Cette ligne politique qui est très surprenante et très importante s’estompe rapidement. Le discours qui est dominant aujourd’hui en République tchèque considère les Tsiganes non plus comme des Roms ou comme membres d’une nation Rom, mais comme des individus exclus socialement. »

« Certains auteurs ont qualifié la politique mise en place à la fin des années 1990, c’est-à-dire le multiculturalisme, de « poudre aux yeux ». Pour pouvoir protéger un groupe de la discrimination, il faut donc consacrer ce groupe objectivement. Il n’y a donc pas vraiment de travail de désamorçage critique sur les fondements et sur les bases de la discrimination. D’un autre côté, que fait la politique d’intégration sociale ? Elle propose de travailler sur la question des discriminations d’une toute autre manière : elle prend en compte la critique du multiculturalisme mais le problème de la politique d’intégration sociale est qu’en niant le groupe tsigane, en disant que ce ne sont que des exclus sociaux, elle évacue une dimension ethnique qui est quand même très importante et qui est réelle. Pour résumer, je dirais que les Tsiganes sont plus que de simples Roms, qu’une simple minorité Rom folklorique, et sont plus que de simples exclus sociaux. »

« Je crois, et je suis peut-être pessimiste sur ce point, que les Tsiganes sont au cœur d’une souffrance sociale inextricable, ils sont à la fois l’objet du ressentiment qui est de plus en plus vif, puisque les conditions de vie empirent de plus en plus. Je fais par exemple référence à la crise et les premiers visés sont les Tsiganes : non seulement en tant que boucs émissaires mais aussi en tant que main d’œuvre et en tant que salariés, puisque ce sont souvent ceux-ci qui occupent les emplois les plus précaires ».




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