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Printed 23.09.2020 13:09

La question rom en débat - partie 1
16-03-2009  Antoine Idier

Aussi bien les violences de Litvínov que la décision appliquée depuis une quinzaine de jours par la municipalité de Chomutov de supprimer les allocations sociales aux personnes qui ne paient pas leurs loyers et leurs factures ont montré la situation préoccupante de la population rom.

Dans un entretien avec Mathieu Plésiat, qui vient de terminer une thèse de sociologie consacrée aux Roms, Radio Prague a cherché à comprendre la situation des Roms. D’après ce chercheur en sciences sociales, il faut remonter cinq siècles en arrière pour expliquer la situation des Roms, au moment où commencent les persécutions contre les Tsiganes : les Etats européens n’ont pas réussi à accepter l’existence de groupes nomades avec des traits culturels propres. Au contraire, ces Etats ont sans cesse nié ces groupes tsiganes et les ont considérés comme un problème à « résoudre », voire à éliminer. Pour Mathieu Plésiat, ce sont ces persécutions qui forment la base de l’identité des Roms :

« Les Roms forment un groupe de personnes qui ont subi des discriminations depuis cinq siècles en Europe et je pense que c’est le fruit de cette perpétuelle négation de la part des pouvoirs publics qui fait que le Rom existe en tant quel tel, en tant que groupe. Certes, les linguistes ont trouvé dès le XVIIIe siècle des origines indiennes, mais je crois que ce qu’il y a de plus pertinent est cette forme d’adaptation aux formes d’exclusion. On peut dire qu’il a toujours existé une « question tsigane » qui a été formulée aux XVIe et VXIIe siècles, à peu près au même moment dans les Etats européens. C’était la question de groupes de familles nomades, qui ne se confondaient pas avec des vagabonds, et cette question posait problème aux pouvoirs publics. C’est à partir de ce moment-là que des politiques se sont mises en place pour essayer de « résoudre le problème tsigane ». Les Tsiganes ont toujours été au cœur des préoccupations des différents régimes et les politiques ont varié toujours sur le même thème, celui de la négation des populations tsiganes. La question des Roms, « la minorité Roms », est apparue réellement à partir des années 90, en raison de nouvelles conditions démocratiques, aussi en opposition au modèle assimilationniste communiste, c’est-à-dire qu’on a valorisé dans les années 90 une politique d’intégration de groupe, multiculturaliste. »

Comme le montrent les événements récents survenus en Bohême, les Roms semblent souffrir de racismes, de discriminations et de préjugés importants ?

« Les Tsiganes, en effet, jouent le rôle de bouc émissaire parfait, ils représentent l’étranger absolu. Les mots les plus bruts et les plus crus pour parler des Tsiganes sont souvent ceux de « parasite », que j’ai pu aussi entendre en France ou en Espagne pour parler des « gitans » : en République Tchèque, ils symbolisent vraiment l’étranger absolu, celui qui vient, qui prend, qui profite et qui souille. Les Tsiganes font l’objet de racisme et de xénophobie parce qu’ils sont parfaitement utilisés dans le discours de l’extrême droite qui utilise le thème de l’altération de l’identité, de l’unité, une sorte de pureté. C’est l’essence du discours d’extrême-droite de parler d’altération. Dans les discours d’extrême-droite, on voit souvent que les Tsiganes sont présentés comme des immigrés inadaptables, comme des parasites qui viennent et qui prennent. Les Tsiganes cristallisent le ressentiment des gens, ressentiment qu’instrumentalise à souhait le discours d’extrême droite ».




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