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21.9.2017
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Zbyněk Andrš et ses voyages à la découverte du peuple rom
Quelque 250 000 Roms vivent actuellement sur le territoire tchèque et environ 400 000 en Slovaquie. Comme partout dans le monde, cette population est loin d’être homogène : la majorité écrasante des familles roms en République tchèque viennent justement de Slovaquie, on trouve ici également des Sinti et des Roms Olah. A savoir que les Roms tchèques n’existent presque plus : 90% de la population rom autochtone a péri dans les camps de concentrations nazis. D’après l’invité de ce magazine, l’ethnologue Zbyněk Andrš, ce manque d’expérience personnelle avec les Roms « du pays » est partiellement responsable d’une certaine aversion des représentants de la société majoritaire à l’égard de leurs concitoyens roms.

Zbyněk Andrš, photo: Kateřina Andršová Zbyněk Andrš, 55 ans, compte parmi les plus grands spécialistes tchèques dans les domaines de la langue, de la culture et de la civilisation roms. Il a étudié l’ethnologie, le romani et l’hindi à l’Université Charles de Prague, il enseigne, lui-même, le romani à l’université de Pardubice, donne des conférences et effectue des recherches sur la vie, la langue et les traditions des Roms, recherches liées notamment à ses séjours dans des ‘colonies’ roms en Slovaquie orientale. Zbyněk Andrš parle et enseigne également le romani kalderash, il explique :

« Le romani kalderash est intéressant, parce que c’est le dialecte rom le plus répandu, et aussi le plus vivant dans le monde. Il est parlé par des Roms dans tous les pays européens, je crois, ainsi qu’en Ukraine et dans les grandes villes russes ou encore aux Etats-Unis, au Canada, au Mexique, en Amérique latine et même en Afrique du Sud. Le romani kalderash pourrait donc servir de langue universelle de communication entre les Roms, étant donné que les autres dialectes diffèrent beaucoup et sont largement influencées par la langue du pays. »

Le goût du voyage et de l’aventure, Zbyněk Andrš l’a peut-être hérité de son père, Bohuslav Andrš, né en 1926, à la frontière de l’Ukraine et de l’actuelle Moldavie, dans un village tchèque, appelé Česká Alexandrovka, et fondé par les exilés évangéliques tchèques au début du XXe siècle. Bohuslav Andrš est revenu dans l’ancienne Tchécoslovaquie en 1945, en tant que soldat de l’Armée du général Svoboda – une unité militaire tchécoslovaque formée pendant la guerre en URSS. Par ailleurs, les Mémoires de Bohuslav Andrš sont actuellement diffusées par la station Vltava de la Radio tchèque.

Avant de commencer à s’intéresser aux Roms, le jeune Zbyněk Andrš partageait, avec les autres Tchèques, des idées stéréotypées sur ce peuple :

« Pour moi, un Rom, c’était un ouvrier-terrassier, ou quelqu’un qui traine dans la rue et dont il faut se méfier. Je n’ai pas pensé qu’il y avait un peuple aussi attirant pour un ethnologue, et même pour un historien et un linguiste. Mais il est vrai qu’à l’époque, je m’intéressais déjà aux Indiens. »

A la fin des années 1970, Zbyněk Andrš entreprend un premier périple au sud-est de l’Europe :

« Mon premier grand voyage m’a emmené dans les Balkans et en ex-Yougoslavie. Partout, j’ai vu des Roms. D’abord en Hongrie, mais surtout en Roumanie. C’étaient des Roms nomades qui circulaient à bord des chariots tirés par des chevaux. J’ai vu une colonne d’une quinzaine de chariots, les femmes et les enfants étaient assis dedans, sur la paille, les hommes marchaient à côté. Ils étaient habillés de façon traditionnelle. Cette image-là m’a marqué. Lors de mon deuxième voyage, je me suis rendu en Bulgarie, en Macédoine, au Monténégro, en Serbie, au Kosovo. Là encore, j’ai rencontré des Roms nomades, les Roms Gurbet de Bosnie ou encore les Roms musulmans de Macédoine et j’ai pu aussi les aborder. J’ai compris que l’idée que je me faisais auparavant des Roms a été tout à fait stéréotypée, fade et superficielle. »

Suite à ces voyages, Zbyněk Andrš s’inscrit aux cours de langue et civilisation roms, enseignés dans une école de langues du centre de Prague. Depuis ce temps-là, il va régulièrement à la rencontre des Roms en Roumanie, en ex-URSS et, le plus souvent, en Slovaquie, dans la région de Spiš. Ces dernières années, il entreprend ces voyages en compagnie de sa femme Kateřina, musicologue, et, l’été dernier, leur fille Bohdanka, alors âgée d’un an, a également fait le déplacement en Slovaquie orientale.

Aujourd’hui, à l’époque où les Roms sont informés, grâce aux médias et à l’Internet notamment, de leur passé, leur culture et leur langue, l’arrivée d’un gadjo parlant le romani dans une ‘colonie’ ne surprend plus personne. Mais cela n’était pas le cas il y a vingt ans. Zbyněk Andrš :

« Sous le régime communiste, quand j’allais chez les Roms en Slovaquie, j’étais confronté à des réactions différentes. Certaines personnes m’ont tout de suite accepté, elles m’ont pris pour un Rom et se sont comportées de manière tout à fait naturelle avec moi. Mais je me souviens aussi de ce qui m’est arrivé un jour à la campagne, près de Stakčín : j’ai demandé quelque chose, en romani, à un groupe de femmes. Cela les a tellement amusé qu’elles étaient tordues de rire. Pendant environ cinq minutes, je leur parlais en romani et elles me répondaient en slovaque, non pas parce que ces femmes ne connaissaient pas la langue rom, mais parce qu’elles n’arrivaient pas à comprendre pourquoi je leur parlais ainsi. C’était pour elles comme un sketch à la télévision. »

Comment a donc changé, depuis une vingtaine, une trentaine d’années, la vie dans les colonies roms en Slovaquie ?

Zbyněk Andrš, photo: Kateřina Andršová « Elles ont beaucoup changé, mais pas dans leur ensemble. Sous l’ancien régime, ces colonies ont souffert de pauvreté. Les gens vivaient dans des cabanes faites de n’importe quoi, de briques non cuites, de traverses par exemple. Ces cabanes se sont conservées. Mais à côté, vous pouvez voir des villas et des voitures de luxe appartenant à quelques-uns des habitants des colonies qui ont réussi à bien gagner leur vie. Mais ils ne sont pas vraiment nombreux. Il existe donc des différences sociales énormes dans ces colonies où tous les habitants sont liés par des liens familiaux, ce qui créé évidemment des tensions. Certains Roms aisés ont des ambitions politiques : il existe actuellement, je crois, une dizaine de maires roms en Slovaquie, ce qui a, bien sûr, des côtés positifs et négatifs. »

L’intégration des Roms continue de poser problème en République tchèque aussi. Dernier exemple en date : le maire de la commune de Nový Bydžov, en Bohême de l’est, a accusé les Roms de la hausse de la violence dans la région. Il a même convoqué un rendez-vous des maires d’une cinquantaine de villes «problématiques » du point de vue de la cohabitation des Roms avec la société majoritaire. Zbyněk Andrš :

Photo: ISIFA/Lidové noviny « D’abord, je refuse de parler de la ‘question rom’, du ‘problème des Roms’. Ce langage implique le constat qu’il existe un problème causé par les Roms. C’est un problème de toute la société. Il serait faux de dire que les Roms sont les victimes, discriminées par la société majoritaire. Mais on ne peut pas non plus affirmer le contraire : dire que les Roms sont les méchants que la société majoritaire essaie, en vain, de cultiver, d’éduquer, d’employer. Quant à ce cas concret de Nový Bydžov, il paraît qu’il s’agit d’une seule famille qui pose des problèmes là-bas, c’est une famille de Tziganes (je ne dis pas de Roms, parce qu’ils ne parlent plus le romani entre eux, mais le hongrois). Ils sont arrivés récemment du sud de la Slovaquie. Les autres habitants roms vivent dans cette ville depuis plus longtemps et maintenant, ils sont, par un concours de circonstances, intégrés dans ce groupe d’habitants ‘non adaptables’. Ce terme m’effraie, il évoque le vocabulaire des nazis. A Nový Bydžov, c’est un problème local. Les autorités devraient agir exactement comme le stipule la loi, sans raviver la rancune. »

Ajoutons que la situation à Nový Bydžov, dans la région de Hradec Králové, devient préoccupante : une importante manifestation d’extrémistes de droite et de gauche devrait s’y dérouler le 12 mars prochain.



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