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18.9.2014
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Histoire des Roms sur le territoire de la République tchèque

On ne saurait déterminer la date exacte de l'arrivée des Roms sur le territoire de la République tchèque, telle que nous la connaissons aujourd'hui. Les chroniques de l'époque, en effet, n'apportent pas de données concrètes et claires concernant leur arrivée. Dans le récit du chroniqueur dit Dalimil, l'auteur mentionne, dans le chapitre sur les païens, des espions tartares qui se trouvaient dans les pays tchèques autour de l'an 1242 et avec lesquels on a, semble-t-il, confondu les Roms. Les spécialistes dans la question rom n'ont pas, pourant, confirmé cette hypothèse.

Une autre mention concernant les Roms sur le territoire tchèque remonte à la fin du XIVe siècle. Dans le Livre d'exécution des seigneurs de Rozmberk on a découvert la confession d'un condamné qui a avoué avoir eu pour complice "un tsigane noir". Cette mention semble probable, car c'est déjà au XIVe siècle que les Roms commencèrent à venir en Europe centrale. Pour beaucoup d'historiens, ce siècle est qualifié de "siècle d'or des Roms en Europe", puisque les Roms étaient reçus par des aristocrates, obtenaient des sauf-conduits de protection, bénéficiaient de différents privilèges. L'un de ces sauf-conduits de protection est une véritable pièce de conviction en ce qui concerne le séjour des Roms sur le territoire tchèque. Il fut édité, le 17 avril 1423 au Château de Spis, par Sigismond, empereur romain et roi tchèque. Il est dit dans le texte de ce sauf-conduit qui fut conservé jusqu'à nos jours:

"Nous, Sigismond, roi hongrois, tchèque, dalatien, croate..., notre Ladislav, seigneur fidèle, chef de son peuple tsigane, nous a demandé humblement de solliciter notre indulgence exceptionnelle. Nous vous prions donc de bien vouloir tenir compte de cette supplique et de ne pas refuser cette lettre. Or, si Ladislav mentionné plus-haut et ses gens apparaissent à un quelconque endroit de notre empire, en ville ou à la campagne, vous êtes prié de lui faire preuve de la même fidélité que vous avez à notre égard. Protégez-les pour que Ladislav et son peuple puissent séjourner sans préjudice entre vos murs. S'il y a parmi eux un ivrogne ou un bagarreur, nous voulons et ordonnons que Ladislav soit le seul à avoir le droit de juger, de punir, de pardonner, et de l'exclure de votre cercle..."

Les Roms ont emmené ce sauf-conduit en France. Et comme il fut édité en Bohême par le roi de Bohême, le peuple français appelait les nouveaux venus selon le pays dont ils étaient issus, soit les Bohémiens, habitants de Bohême.

C'est l'Eglise qui a remarqué la première que les Roms n'étaient pas des serviteurs de Dieu. C'est elle qui a commencé à les persécuter, le pouvoir laïque ne tardant pas à s'y joindre. Pour ce dernier, les Roms étaient des espions turcs. En 1427, l'archevêque de Paris les excommunia, suite à quoi l'attitude de la population a radicalement changé. Ce fut le début d'une discrimination qui a duré quatre siècles. Les souverains de différents pays publiaient des édits en vue de les chasser de leurs pays. Arrêtés, ils subissaient des tortures, des mutilations pour être, finalement, exécutés. La plus grande persécution des Roms en Bohême commence après 1697. Un décret impérial les déclare hors la loi. Chacun avait le droit de fusiller, de pendre ou de noyer un Rom. Tuer un Rom n'était pas un crime.

La persécution des Roms à la fin du Moyen Age et au début des Temps nouveaux est un chapitre noir de l'histoire européenne. L'Europe ne les a pratiquement jamais acceptés. C'était le fruit de leur différence et aussi, partiellement, du fait qu'au cours de leurs voyages, ils avaient l'habitude de voler pour se procurer de la nourriture. C'était un bon argument pour leur persécution. La vie des Roms n'a jamais été facile, depuis toujours, ils appartenaient à des couches très pauvres de la population. L'Europe qui se prenait pour chrétienne, ne l'était pas dans leur cas.

La situation en Europe centrale et en Europe du sud-est était autre qu'en Europe occidentale. L'expansion turque qui, aux XVIe et XVIIe siècles, a élargi les frontières de l'empire ottoman jusqu'au sud de la Slovaquie, a créé une situation permettant aux deux parties belligérentes de profiter de différents services de la population locale, dont la population rom (travaux de fortifications, constructions, forgerons).

Selon des sources de la seconde moitié du XVIe siècle, certaines villes ont permis aux familles des forgerons roms de s'y installer. Des féodaux hongrois, amateurs de musique, permettaient à des familles de musiciens doués de se fixer sur leurs territoires. Ainsi des bases du mode de vie sédentaire de la population rom sont-elles nées en Hongrie. C'est Marie-Thérèse qui, dans la première moitié du XVIIIe siècle, a mis fin à la persécution des Roms en Autriche.

Ses décrets avaient pour objectif l'assimilation de l'ethnie rom. L'impératrice se rendait compte de ce que les différences entre le niveau de vie des Roms et celui du reste de la population étaient immenses. C'est pourquoi elle voulait attacher les Roms à la terre. Elle leur a interdit de nomadiser et d'utiliser la langue rom. Elle n'a autorisé que des mariages officiels et cherché à leur imposer une autre manière de s'habiller, à rééduqer leurs enfants dans des familles non roms. Le texte Ab Hortise décrit très en détail la situation de la communauté rom sur le territoire de la Hongrie, sous le règne de Marie-Thérèse. Il a une grande valeur historique. Aujourd'hui, on peut considérer les décisions de Marie-Thérèse comme peu humaines, mais elle fut la première à traiter les Roms comme une partie réelle de la population du pays.

Sous Marie-Thérèse et Joseph II, on voit sur notre territoire (et surtout en Slovaquie) beaucoup de Roms qui commencent à s'adapter au mode de vie sédentaire ou semi-nomade. Il s'agit en majeure partie de fabricants de briques, forgerons, chaudronniers, cantonniers, musiciens, etc., qui s'installent en recevant l'autorisation de travailler pour la commune.

Les décrets de son fils, Joseph II, concernaient plutôt l'éducation et la christianisation des Roms. Dans ce cens, ce souverain a dépassé son temps. Les résultats de ses efforts se sont manifestés notamment en Bohême où les Roms tchèques et moraves ont été presque entièrement assimilés à la population.

Dès la fin du XIXe siècle, les différences entre Tchèques et Roms étaient de plus en plus prononcée; la scolarité obligatoire et la production industrielle ont commencé à modifier la mentalité de l'ensemble de la société, tandis que les Roms ne faisaient que stagner. L'industrialisation qui allait bon train a fait que cette nation d'artisans habiles et de bons musiciens devenait rapidement un groupe social arriéré de la population. Avant la Première Guerre mondiale, pratiquement tous les Roms adultes étaient analphabètes et, compte tenu de la discrimination de la part des blans qu'ils appelaient "gadgé", ils n'avaient pas de motivation pour s'élever, car ils auraient eu du mal à mettre en valeur leur formation dans la société.

La Ire République a essayé de résoudre "la question tsigane", en 1927, en éditant la loi sur les Tsiganes vagabonds. Dans la vie pratique cela signifiait, pour chacun, l'obligation d'avoir une carte d'identité et de demander l'autorisation de passer la nuit. L'objectif de cette loi consistait à rendre leur mode de vie "plus culturel". En réalité, elle limitait les Roms, les privant de certaines de leurs libertés civiques. Elle a eu pour conséquence l'attitude hostile et calomnieuse de la société à l'égard de l'ensemble de ce groupe ethnique. Cette loi était en vigueur pendant toute la période antérieure aux "accords" de Munich et, relativement longtemps, après l'éclatement de la Tchécoslovaquie.

La Seconde Guerre mondiale était la période la plus tragique pour les Roms européens. Selon la théorie raciale nazie, ils étaient considérés comme une race inférieure. Les anciens Roms tchécoslovaques qui, après les modifications des frontières, en automne 1938, sont restés dans des régions limitrophes, partageaient les destins de la population rom de l'Allemagne hitlérienne et de la Hongrie de Horthy.

Presque tous les Roms "tchèques" sont morts pendant la Seconde Guerre mondiale. Les Roms fixés en Bohême sous Marie-Thérèse et ayant survécu à la guerre, appartiennent aujourd'hui à "l'élite" intellectuelle rom qui a une formation universitaire (par exemple Karel Holomek de Brno de la famille morave des Holomek).

Dans les Sudètes, on a très vite rédigé une liste de leurs noms. En vertu de celle-ci ils ont été déportés, en commun avec les Roms allemands, dans le camp tsigane à Auschwitz II - Brzezinka. Selon les décrets gouvernementaux du 2 mars et du 28 avril 1939, on devait fonder dans le Protectorat des camps de travail correctionnels pour toute personne de plus de 18 ans refusant de travailler et n'ayant pas de papiers qu'il fallait. En Bohême, de tels camps ont été bâtis dans la région de Pisek et, en Moravie, dans la ville de Hodonin, région de Blansko.

Dans les années 1942-1944, les Roms ont été déportés à quatorze reprises vers Auschwitz. Les Roms ont été concentrés dans la seconde section du camp d'Auschwitz - Birkenau (Brzezinka) II et le camp dit tsigane dans le septième bloc est devenu la station finale de pratiquement tous les Roms tchèques.

Dans le sud et dans l'est de la Slovaquie, les Roms ont été persécutés par les autorités d'occupation hongroises. Ces persécutions ont trouvé leur point culminant dans les transports de certaines personnes vers le camp de concentration de Dachau.

La République slovaque fut proclamée, le 14 mars 1939, l'Etat non autonome, dépendant de la protection du Reich. Le régime fasciste y persécutait les Roms d'une manière relativement plus modérée. Conformément aux décrets du gouvernement tchécoslovaque, des camps de travail ont été fondés en Slovaquie pour rassembler provisoirement des éléments "associables" et des Roms. Les Roms avaient à subir beaucoup de mesures de discrimination: ils n'avaient pas le droit d'utiliser les moyens de transport en commun, ils ne pouvaient entrer dans les villes et les communes que certains jours et certaines heures, etc.

Les nazis justifiaient leur élimination du prétendu mal tsigane en affirmant que les Roms comettent des crimes, ne s'adaptent pas au mode de vie traditionnel et appartiennent à la race inférieure qu'il faut liquider. Les camps tsiganes du Protectorat avaient pour objectif d'interner les Roms olas et les Roms asociaux, aussi bien que leurs familles. Dans le camp tsigane à Auschwitz on devait liquider l'ensemble de la population rom.

Ainsi les nazis ont-ils commis sur les Roms l'un des plus lourds crimes contre l'humanité, le génocide. La voie d'adaptation continue à la société environnante, que les Roms ont entamée entre les deux guerres, a été alors interrompue et les Roms, comme dans le passé, ont été de nouveau jetés dans un isolement social.

Les Roms tchèques par origine ont été ainsi pratiquement liquidés. Avant la guerre, il y avait sur le territoire tchèque près de 8 mille Roms, après la guerre, il n'y en avait que 600. Après la Seconde Guerre mondiale, beaucoup de Roms de Hongrie et de Roumanie sont arrivés sur le territoire de la Tchécoslovaquie. Les Roms venus de villages de l'est de la Slovaquie ont commencé à s'installer dans des régions limitrophes tchèques, pour être dispersés, en tant que main-d'oeuvre bon marché, dans des régions industrielles en Bohême et en Moravie. Un très grand accent mis sur le facteur matériel (on estimait que l'amélioration des conditions matérielles des Roms allait changer aussi leur mentalité et leur univers spirituel) a montré que les résultats atteints ne répondaient pas aux efforts déployés. On a vu, par contre, une dégradation de la société rom. L'interruption de la vie des Roms dans des communes et leur transfert dans des conditions nouvelles, leurs spécificités n'étant pas respectées, le tout s'est traduit par l'éclatement des normes et des valeurs traditionnelles de l'ethnie rom, celui de la vie familiale traditionnelle. La disparition des métiers traditionnels des Roms et leur explosion démographique ont eu pour conséquence l'approfondissement de la pauvreté et du retard social des Roms et, de ce fait, l'accroissement de leur criminalité.

En 1958, on a adopté la loi sur l'obligation d'un domicile fixe des personnes nomades. De cette façon, les comités nationaux devaient aider les personnes nomades de s'adapter à la vie sédentaire. Dans la vie pratique, cette loi permettait à la police de couper les roues des roulantes, de confisquer les chevaux des Roms. Ces derniers devaient demeurer à l'endroit où ils étaient obligés de travailler, même si c'était loin de leurs familles.

En 1965, on a adopté la loi sur la réalisation de la dispersion de la population tsigane, selon laquelle les Roms de villages roms en Slovaquie orientale devaient déménager en Bohême pour y travailler. Les Roms devaient quitter leurs chaumières au plancher en terre battue pour des appartements avec de l'eau chaude, les WC et les portes.

En ce qui concerne la politique sociale, on traitait les Roms comme un groupe socialement arriéré de la population. L'Etat leur accordait une aide sociale multiforme, grâce à laquelle les Roms ont pu survivre. Ils ont ainsi appris à compter pleinement sur l'Etat, point sur leurs propres efforts. A cause de cet appui de l'Etat, avantageux à bien des égards pour les Roms, le reste de la population a commencé à les condamner et à les détester. De cette façon, l'Etat voulait acheter leur obéïssance. Or, les Roms profitaient en silence de cette assistance, et ne réclamaient pas de solution à leur situation peu réjouissante.



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