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21.10.2014
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La jeunesse

L'enfance et l'adolescence des enfants roms se terminent au moment de la création de leur propre famille. Un proverbe rom dit: Mets ta fille sur une chaise et dès que ses pieds touchent la terre, elle est suffisamment mûre pour se marier.

On estime le plus souvent que les jeunes filles roms sont sexuellement plus précoces que les jeunes filles tchèques. Cet avis très répandu a été réfuté par Daniela Sivakova dans son étude Recherches anthropologiques des Tsiganes (Roms) en Slovaquie, datant de 1992. Nous pensons que les jeunes filles roms sont prêtes à se marier entre 14 et 16 ans, avis qui est soutenu par l'âge relativement bas des nouveaux-mariés roms. Il s'avère pourtant que c'est plutôt sur le plan social que sur le plan biologique que les jeunes Roms sont préparés au mariage. La tradition voulait que la jeune fille rom, en devenant "adulte", c'est à dire en arrivant à l'âge de l'adolescence qui est un âge critique, accompagné dans notre population de toute sorte de révoltes et de non conformisme, soit confiée par sa mère rom, qui s'occupe de plusieurs autres enfants, à son futur mari, celui-ci ayant pour tâche de "l'éduquer".

Or, les parents confiaient leurs filles adolescentes aux familles de leurs maris et celles-ci devaient, souvent, épouser le mari qui a été choisi par ses parents. Ce sont les pères qui choisissaient le plus souvent le mari, mais ce n'était pas la règle. Ainsi les jeunes filles roms ne se mariaient pas par un amour romantique mais pour obéir à la volonté de leurs familles. La tâche des filles consistait à avoir un mariage bien réfléchi à l'avance et à lier de cette façon deux familles, en vue d'accroître encore davantage le prestige familial. Le mariage ainsi arrangé ne pouvait avoir lieu qu'entre les familles dont le niveau matériel était identique et qui étaient liées d'amitié. Il fallait aussi le consentement des deux pères.

Il se trouvait naturellement aussi que deux jeunes gens se sont mariés contre la volonté de leurs parents. Mais ceci entraînait toujours des conflits. En se sauvant, ils étaient aidés, le plus souvent, par leurs frères et soeurs. Lorsque les jeunes ont passé la nuit ensemble, il n'y avait pas ensuite d'autre possibilité que le mariage. Dans la plupart des cas, les familles finissaient par leur pardonner, mais avant de le faire, il fallait les punir en public comme un avertissement pour les autres jeunes. Pour leur faute, les jeunes n'étaient pas exclus de leur famille ou de leur communauté mais seulement punis. L'exclusion de la communauté, voilà la plus grande punition pour un Rom. On punissait ainsi par exemple un inceste. Ce tabou interculturel est valable aussi pour les Roms et sa violation était gravement condamnée.

Pour que deux jeunes gens puissent vivre ensemble et avoir des enfants, il fallait le consentement des deux pères, suite à quoi arrivait la fête des fiançailles (mangavipen). Accompagnés de leurs parents, les deux jeunes juraient devant d'autres témoins la fidélité jusqu'à la mort. Le chef de cérémonie, le plus souvent le vaïda-chibalo, liait les mains des mariés d'un foulard, en versant dans leurs paumes du vin ou de l'eau-de-vie que ceux-ci avaient à boire. Aujourd'hui, on ne lie les mains que rarement, on ne fait que les croiser et les nouveaux-mariés boivent l'un le contenu du verre de l'autre, avant de s'embrasser. Dès ce moment, la communauté rom les considère comme des maris qui peuvent vivre ensemble et avoir des enfants.

Dans le passé et aujourd'hui encore, ils n'ont recours à la cérémonie civile ou religieuse (bijav) qu'après avoir eu un ou deux enfants. Le mariage conclu était pour toute la vie. La séparation était exceptionnelle et elle était permise seulement en cas de stérilité ou d'infidélité de la femme.

Si, au bout de quelques années, les mariés n'avaient pas d'enfant, l'homme pouvait quitter sa femme. La stérilité était la punition suprême pour la femme rom, car elle ne pouvait pas accomplir son rôle vital, celui d'être bonne mère et, ainsi, bonne épouse. Tout le monde détestait une telle femme et tout le monde concevait que l'homme la quitte. Il y avait, bien entendu, beaucoup d'artifices magiques pour vaincre la stérilité. La femme stérile devait manger, par exemple, des plantes ramassées sur le tombeau d'une femme, morte après l'accouchement de fièvre puerpérale. Selon une autre magie, d'un symbolisme très clair, la femme devait avaler le contenu d'un oeuf, soufflé dans sa bouche par le mari. Les femmes croyaient aussi dans la force de la pleine Lune, en mangeant des plantes ramassées à minuit. L'avortement n'existait pas, ce qui reflétait le désir d'avoir le plus grand nombre possible d'enfants comme l'imposait la tradition familiale.

Une femme infidèle pouvait être abandonnée par son mari. Si le mari ne la quittait pas, il devait tout au moins la punir en public (en lui coupant les cheveux, en la battant...) Quant à l'infidélité du mari, les choses ont été différentes: elle augmentait son prestige d'homme et, parfois, les femmes la vantaient pour prouver les qualités de leurs maris. On se demande seulement avec qui les hommes pouvaient être infidèles...

Sûre d'être enceinte, la femme rom annonçait cette joyeuse nouvelle d'abord aux femmes dans la famille et, seulement après, à son mari. Dès ce moment, elle devait respecter "les règles de protection du foetus", qui sont très sévères, compte tenu de la foi dans la possibilité du transfert de différents défauts et insuffisances. Or, la femme était soumise à tout un éventail de restrictions: elle n'avait pas le droit, par exemple, de regarder des handicapés physiques, des animaux "moches" et magiques (surtout les serpents), des morts, etc.

D'un autre côté, c'est jusqu'à la fin qu'elle travaillait et, le moment venu, le mari alertait les voisins et appelait une sage-femme. Celle-ci jouait un rôle mi-gynécologique mi-magique. Avant de couper et de nouer le cordon ombilical, elle préparait à la parturiente une boisson magique contre les démons qui risquaient de pénétrer dans le nouveau-né, parfois elle allumait le feu devant la maison ou devant la tente afin de les chasser. Puis, on attendait le baptême officiel, car avant celui-ci, le nouveau-né était exposé à l'influence des mauvais esprits.

Après le baptême, les mauvais esprits n'avaient plus de pouvoir sur lui. Ont été qualifiés de tels les esprits des mères mortes pendant l'accouchement ou des femmes qui ont eu un enfant mort-né. Ces esprits cherchaient, prétendait-on, un autre bébé. On se défendait contre ce mauvais esprit (guli daj) par différents ex-voto, cachés dans le lit sous l'édredon et par un ruban rouge au poignet de l'enfant.

Le baptême (kirvipen) avait lieu et a lieu toujours, à l'instar des non Roms, à l'église. Pour un baptême il faut un parrain et une marraine qui jouent un rôle très important. Pour les seconds parrains, les Roms choisissaient souvent des gadgés - des paysans des villages, car c'était une certaine garantie que la famille n'allait pas mourir de faim, une fois tombant en détresse. Le parrain ou la marraine donnaient à leur tilleul le krizmo - un objet qu'il gardait sa vie durant. Il le recevait un jour important, par exemple, à l'occasion de sa première rentrée scolaire ou un grand jour de naissance. Le parrainage renforçait, naturellement, les rapports entre les familles.

Pendant le baptême, l'enfant recevait un nom, d'habitude selon son parrain, un des parents ou un autre membre de la famille. Mais ce nom n'avait qu'une signification "officielle", servant à des contacts avec la société non rom. Souvent, l'enfant ne le connaissait même pas. A part ce nom, l'enfant recevait encore un nom rom qui relevait de ses qualités physiques ou psychiques (Thulo - Gros, Kalori - Noir...), d'un événement ou il s'agissait de déformations de certains mots prononcés par l'enfant, etc. Ce nom, qui pouvait changer pendant l'enfance plusieurs fois avant d'être accepté définitivement, était utilisé au sein de la communauté rom. Aujourd'hui encore, il arrive que les Roms n'utilisent pas leurs noms du registre des naissances et de leurs cartes d'identité. A l'école, souvent, les enfants étaient surpris lorsque leur institutrice les appelait par un autre nom que celui auquel ils étaient habitués...



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