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La République tchèque à la mi-temps des émeutes ?... Et les projets de Václav Havel à la veille de ses 75 ans
16-09-2011 - Alena Gebertova
Pour la République tchèque, les émeutes dans le nord de la Bohême entre la population locale majoritaire et la minorité rom, provoquées par deux actes d’agression commis par des Roms, sont un phénomène nouveau. Les médias nationaux suivent de très près les événements et l’évolution dans la région, dont le futur scénario demeure imprévisible. Nous avons retenu quelques exemples des nombreux échos qui alimentent la presse... Nous vous présenterons également les grandes lignes de l’interview accordée par Václav Havel à un grand quotidien tchèque. L’ex-président tchèque sort ainsi de son long silence, dû à sa récente maladie.

Photo: CTK « La tension va continuer à monter », « Nous avons désormais affaire à une génération perdue de Rom », « Que fait le gouvernement pour stopper le racisme tchèque ? ».

Voilà quelques-uns des titres d’articles, commentant ou analysant la situation dans trois villes du nord de la Bohême, Nový Bor, Varnsdorf et Rumburk, qui ont été ces derniers jours le théâtre d’une vague de protestations de la population locale majoritaire contre la population rom. Fortement soutenues et accompagnées par des groupes d’extrême droite, celles-ci vont très probablement se poursuivre, risquant de s’étendre sur d’autres localités. Dans le journal Právo, Miloš Balabán, expert en questions sécuritaires, signale :

Photo: CTK « Une analyse sociologique, élaborée il y a quelques années, a révélé une donnée choquante, qui est pourtant connue des milieux politiques; la République tchèque possède près de 400 ghettos habités notamment par des milliers de Roms. Le fait que l’existence des ghettos constitue une importante menace sécuritaire a été discuté sur le sol du Parlement, pourtant, les politiciens n’ont tiré aucune conclusion de cette information ».

Selon l’expert cité, « les retombées sécuritaires des problèmes relatifs aux groupes d’exclus risquent d’être pour la République tchèque beaucoup plus graves que celles du terrorisme, lequel demeure au coeur de l’intérêt des autorités tout en étant chez nous négligeable »... D’après lui, seule la mise en valeur d’une stratégie de longue haleine, misant sur l’inclusion des exclus, est à même de servir de prévention. Sinon, on peut s’attendre « à de nouvelles émeutes à l’image de celles de Londres.».

Photo: CTK Pour Martin Komárek du quotidien Mladá fronta Dnes, il s’agit « d’un immense conflit social et de civilisation qui a explosé, après avoir longtemps couvé sous la surface ». Il insiste sur ce que l’Etat doit finalement agir, afin de rattraper son retard et ses manquements en la matière. « Travailler systématiquement avec les Roms, ainsi qu’avec la population majoritaire, réconcilier, chercher les ponts. Le tout sans la force », ce sont les remèdes qu’il propose.

Dans sa dernière édition, l’hebdomadaire Respekt remarque: « La vitesse avec laquelle la société majoritaire a transformé les actes criminels de quelques voyous en conflit racial et la force du troupeau qui réclame la vengeance sur l’ensemble des Roms démontre que nous sommes confrontés à un problème grave auquel nous ne savons pas faire face ».

Dans un article qui présente une analyse approfondie de la situation et qui récapitule les précédentes activités du gouvernement, il s’interroge : « Quel chemin la société tchèque a-t-elle parcouru au cours des vingt dernières années, avant d’en arriver sur la place des villes dans le nord de la Bohême ? Et quelles sont aujourd’hui les possibilités de modérer la tension dans la société qui ne cesse de monter ? » Le journal écrit :

« C’est en 1997 qu’apparaît un premier projet gouvernemental attirant l’attention vers la détérioration de la situation économique et sociale des Roms et à l’expulsion d’une partie de leur communauté en marge de la société... Un an plus tard est créée la fonction de délégué pour les droits de l’homme, chargé entre autre de l’inclusion des Roms dans la société... Dans les années 2000 est née une agence spéciale en charge de l’inclusion des Roms défavorisés ».

En dépit de ces initiatives, beaucoup de Roms pauvres sont contraints, dans les années 1990 et 2000, à quitter leurs habitations au centre des villes pour déménager dans des localités dites exclues, et à y mener une vie marquée par le chômage, l’endettement, l’usure, la drogue, la prostitution, le crime...
En conclusion, l’hebdomadaire s’interroge sur ce qu’apportera un nouveau projet stratégique qui propose des solutions complexes en vue de contribuer à l’amélioration de la situation de la population minoritaire rom et à atténuer l’atmosphère tendue au sein de la société tchèque, qui sera bientôt soumis au gouvernement. Et de souligner que c’est l’accès à l’éducation qui est dans ce sens prioritaire, une grande partie d’enfants roms étant encore aujourd’hui obligés de fréquenter des écoles spécialisées.

C’est d’ailleurs ce qu’affirme dans les pages du quotidien Lidové noviny, aussi, Jan Sipoš, président du Conseil des Roms de Chrudim, une autre ville à problèmes et qui prétend qu’« un enfant rom qui veut réussir doit en faire deux ou trois fois plus qu’un enfant blanc du même âge ». Dans un entretien accordé au journal, il critique également le fait que faute de possibilités de travail, les jeunes Roms sont « une génération perdue », car ils n’ont pas appris à travailler.

Selon le très populaire rappeur rom Radek Banga, interrogé par le journal Mlada fronta Dnes, le problème qui secoue la Bohême du nord n’est pas d’ordre racial, mais surtout d’ordre social.

Dans les pages du même journal, le psychologue Slavomil Hubálek estime cependant, que « l’aversion de la population majoritaire à l’égard de la minorité rom a atteint à certains endroits un tel degré que même les chômeurs ‘blancs’ scandent : ‘Au boulot, les tziganes’ ». De ce fait, il avertit : « ‘l’incendie’ peut envahir aussi d’autres villes ».

« C’est désormais la ville de Mladá Boleslav, une des villes tchèques les plus riches qui prospère grâce à l’usine automobile Skoda, mais qui possède aussi un ghetto rom composé de HLM, qui est particulièrement menacée par une révolte sociale », écrit Mladá fronta Dnes.

Václav Havel, photo: CTK La voix de Václav Havel, qui va souffler en ce début de mois d’octobre ses 75 bougies, s’est fait de nouveau entendre, après une assez longue période de silence, causée par des problèmes de santé dont l’ex-président et dramaturge tchèque souffrait. Dans une interview accordée au quotidien Mlada fronta Dnes, il parle entre autres de son isolement qui a duré près de cinq mois et de ses futurs projets, et se penche aussi sur la situation dans le pays.

Concernant la situation politique, Václav Havel déclare « être profondément frustré et inquiété par la distance entre la politique et le public qui va croissante ». Il dit également être de plus en plus souvent en désaccord avec l’actuel président et son successeur, Václav Klaus... Quant à ses sympathies électorales, il répète que son coeur bat tout comme dans le passé pour les Verts. Et il ajoute sur un ton optimiste :

« Je suis certain qu’un changement positif surviendra tôt ou tard dans le pays. Les dernières élections électorales ne l’ont pas encore apporté, elles ont pourtant signalé l’aspiration de la population à un tel changement. Les gens veulent autre chose et cela n’a finalement rien à voir avec la gauche ou la droite ».

Revenant aussi sur le film Sur le départ (Odcházení), sa première réalisation cinématographique qu’il a mise sur pied l’année écoulée, et auquel la critique et le public ont réservé un accueil tantôt enthousiaste tantôt très sévère, mais jamais indifférent, Václav Havel constate : « Quoiqu’il en soit, je suis heureux d’avoir eu l’occasion d’entreprendre une telle aventure ».

Et s’agissant de ses projets d’avenir, Václav Havel avoue :

« Je pense que pour moi le temps est venu de consacrer plus de temps à la lecture, d’aller plus souvent au cinéma, au théâtre, de me reposer et de méditer. Je dois rattraper un grand retard. Diffile d’imaginer à quel point je ressens le temps perdu pendant deux années de service militaire dans les années 1950, cinq années passées en prison dans les années 1970 et 1980 et, en quelque sorte aussi, treize années en fonction présidentielle. Parfois je pense qu’il s’agit d’un manque irréparable ».



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