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24.11.2020
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Témoignage d’Elena Gorolová, victime de la stérilisation involontaire des femmes roms en République tchèque

Elena Gorolová (Photo : www.trialofachilddenied.org) Elena Gorolová est porte-parole de l’Association des femmes atteintes par la stérilisation involontaire, qui fait partie de l’Association civique « Vivre ensemble » (Společné soužití). Elle est ègalement représentante de la société civile au Conseil gouvernemental tchèque pour les Roms, cherchant à créer des platformes de comunication conviviale entre les Roms et non-Roms à Ostrava ainsi qu’à améliorer les conditions de vie des familles dans le besoin. Elle même a été victime d‘une stérilisation à son insu. Madame Gorolová parle de son cas dans l’interview avec la journaliste de la rédaction rom de la Radio tchèque, Jana Šustová.

Comment cela s’est-il passé dans votre cas ?

« C’est arrivé après mon second accouchement en 1990 à l’hôpital de Vítkovice dans la ville d’Ostrava. L’accouchement a été assez difficile, le cordon ombilical s’est rompu et il fallait faire une césarienne. Au moment où j’étais en salle d’accouchement, que j’avais des douleurs atroces et que je me sentais très mal, une infirmière m’a présenté un document à signer. A l’instant je n’étais absolument pas capable de réfléchir et de me concentrer tellement je me sentais mal. Je crois que j’aurais signé n’importe quoi. »

Quand est-ce que vous avez appris ce qu’ils vous ont fait, que vous ne pourrez plus avoir d’enfants et comment avez-vous réagit ?

Elena Gorolová (Photo : Jana Šustová) « Je l’ai appris le lendemain par le médecin-chef de la maternité. Lorsqu’il est venu pour la visite, il m’a informé que j’ai été stérilisée et que je ne pourrais plus avoir d’enfant. J’ai commencé à pleurer. Je n’avais que vingt et un an et personne ne m’a averti, ni ma maman, parce qu’elle ne se doutait absolument pas qu’une telle chose puisse arriver. Pourtant je fréquentais un cabinet de consultation pour accouchement à risque car j’ai du subir une césarienne lors de mon premier accouchement. Mais même là, le médecin ne m’a pas informé sur l’éventuelle possibilité d’une stérilisation. Par la suite j’ai encore appris que j’avais subi une ablation des trompes de Fallope, ce qui veut dire que l’opération est irréversible. »

Combien de temps avez-vous mis à vous remettre de ce traumatisme et qu’est-ce que vous regrettez le plus ?

« J’ai mis très longtemps à m’en remettre et je peux dire que cela dure jusqu’à présent. Nous avons deux fils, dont l’aîné a 21 ans et le cadet 18 ans, mais on voulait avoir encore une petite fille. C’était notre grand désir, un rêve et encore aujourd’hui, lorsque je vois une poussette avec un bébé, j’ai des regrets. D’ailleurs lorsque j’apprends qu’un bébé doit naître, je veux être présente à l’accouchement car je n’ai pas eu l’occasion de vraiment éprouver le mien. Ma stérilisation s’est répercutée sur nos relations conjugales parce que mon mari estimait que c’était de ma faute. Puis, ensemble, nous avons contacté des services sociaux pour avoir des explications, mais on s’est conduit envers nous de façon grossière et je suis persuadée que l’on s’est fait rejeté à cause de notre origine rom. Finalement mon mari a compris et il a commencé à m’aider dans mon travail de lutte. Je peux dire que je me réjouis déjà lorsque j’aurais des petits-enfants et que je serais grand-mère. »

Par la suite Madame Elena Gorolová a appris que son cas n’était pas unique et que beaucoup de femmes roms avaient été stérilisées à leur insu dans différents hôpitaux tchèques. Elle a contacté l’Association Vivre ensemble, organisation non gouvernementale à but non lucratif, dont le siège se trouve à Ostrava en Silésie. L’objectif de l’organisation, dirigée par Kumar Vishwanathan, est entre autre d’organiser les rencontres des femmes roms qui ont subit une stérilisation involontaire.

Comment avez-vous appris l’existence de l’organisation Vivre ensemble ?

« J’ai appris son existence et la possibilité de consulter le cas de la stérilisation involontaire avec les femmes atteintes du même problème en 2004 par télétexte. J’ai été vraiment contente que l’on a commencé à s’intéresser à notre cas. Comme je ressentais le besoin d’en parler à quelqu’un, je me suis rendue à l’une des rencontres organisée par l’association Vivre ensemble, j’ai couché mon cas sur papier et nous avons envoyé le document à l’ombudsman tchèque. Suite à une enquête approfondie, plus de 80 plaintes de femmes atteintes par la stérilisation involontaire sont arrivées auprès de ce dernier.»

Est-ce que vous organisez des rencontres régulières et quel est leur objectif ?

« Oui, nos rencontres sont régulières et se déroulent dans une ambiance amicale. L’objectif est de promouvoir le « consentement informé », d’informer les femmes sur les droits des patientes, s’axer sur la question de la stérilisation forcée, obtenir des indemnisations et des excuses publiques des autorités. Nous menons également une campagne pour une meilleure considération des femmes par le personnel médical dans les maternités. Quand je travaille avec toutes ces femmes qui ont subi le même destin que moi, je me rends compte que c’est un objectif très important. »

L’association Vivre ensemble a donc développé et développe beaucoup d’activités. Pourriez-vous m’en citer quelqu’une ?

« Bien sûr que oui, avec plaisir. Ce sont par exemple des forums consistant en des discussions en présence du personnel médical, des femmes, victimes d’une stérilisation illégale, d’un psychologue et d’un gynécologue, ensuite nous organisons des conférences d’éducation sanitaire des jeunes filles et des femmes roms dans les écoles primaires, secondaires et dans les centres communautaires, axées sur les naissances non planifiées, la stérilisation involontaire et la prise de la pilule contraceptive. J’estime que cela est très important car les jeunes filles roms tombent souvent enceintes très jeune et elles devraient être informées des conséquences de la maternité. »

Est-ce que vos conférences et forums se sont limités à la région d’Ostrava ou est-ce que vous les avez organisés également dans d’autres villes ?

« La majorité était organisée à Ostrava mais nous avons aussi donné des conférences à Olomouc, Karviná, Frýdek-Místek et Bohumín dans le cadre du projet «Vous n’êtes pas seule», avec le soutien de NROS (Fondation du développement de la société civique). Le projet a duré 12 mois et chaque conférence s’est déroulée une seule fois. »

Vous avez aussi organisez des manifestations et des expositions photos non seulement en République tchèque mais aussi à l’étranger. Pourriez-vous me dire quelques mots à ce sujet ?

« C’est exact. Précisément il s’agissait d’expositions photos que les femmes ont prises elles-mêmes. Ces expositions et les manifestations ont eu lieu au Musée de la culture rom à Brno, partout dans la région d’Ostrava, en France, à Strasbourg, enfin plus ou moins à travers l’Europe entière. Les femmes victimes de stérilisation illégale ont aussi témoigné devant le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes aux Nations Unis. D’ailleurs nous avons remporté de nombreuses victoires, à titre d’exemple de plus en plus de femmes se présentent spontanément pour apporter leur témoignage et le « consentement informé » fait désormais partie du soi-disant vocabulaire des hôpitaux. Mais bien évidemment il ne faut pas s’endormir sur ses lauriers et continuer à lutter. Car il y a encore beaucoup de travail à faire.»

Est-ce que récemment il y a eu des cas de stérilisation illégale en République tchèque ?

« Voilà, on arrive à la pierre d’achoppement. Malheureusement la réponse est affirmative. Depuis juillets 2008 il y a eu 20 cas de stérilisation illégale ont été identifiés. A titre d’exemple, une femme de Frýdek-Místek a été sous pression psychologique d’une assistante sociale qui l’a menacé de lui enlevé ses enfants et de les placer en famille d’accueil si elle ne consentait pas à se faire stériliser. Ce cas a été traduit en justice. »

Comment devrait-on procéder pour éviter une stérilisation involontaire et quelles sont les démarches à prendre avant une stérilisation ?

« Je pense, que avant de subir une telle intervention, la femme devrait recevoir un « consentement informé » qui l’informerait des risque de la stérilisation. Mais il est vrai que la plupart des femmes, même en lisant le « consentement informé » ne saisissent pas forcément les conséquences de la stérilisation. Donc un devrait leur fournir des informations détaillées et les explications nécessaires, surtout les avertir qu’elles ne pourront plus jamais avoir d’enfants. Je crois que c’est très important car, moi par exemple, je ne le savais pas, parce que personne ne me l’a dit. Si j’avais su et que j’avais eu plus de temps à réfléchir, j’aurais réagit différemment. Bien sûr que si la santé de la femme est mise en danger, il est préférable de subir la stérilisation. »

Un film documentaire Trial of a child denied (la Plainte de l’enfant dénié) à ce sujet a été tourné. Comment vous sentiez-vous au cours du tournage ?

Productrice Dana Wilson (Photo : Jana Šustová) « Psychologiquement c’était pour moi très difficile. J’ai très mal supporté le tournage et j’ai eu beaucoup de problèmes. J’ai aussi été obligé d’assumer l’agressivité des médias. Mais je peux dire que c’était un plaisir de travailler avec productrice Dana Wilson et nous avons développé une excellente coopération. Elle ne me forçait en rien. C’était difficile mais je suis contente que ce document a été tourné, qu’il a passé et qu’un grand nombre de personne l’on vue. Ainsi le large public a été informé de ce qui s’est passé.»

Quelles sont les activités en vue de l’association Vivre ensemble ?

« Nous aimerions accueillir les femmes de Chánov (ghetto rom dans un quartier de la ville de Most) qui ont également subi une stérilisation involontaire, au sein de notre association à Ostrava et les faire participer aux discussions avec le gynécologue. Malheureusement notre projet se termine et je suis un peu déçue car j’ignore s’il y aura une suite. C’est dommage parce que les femmes appréciaient beaucoup nos activités et nos rencontres. »

Elena Gorolová continue à lutter contre la stérilisation involontaire et le respect des droits de l’homme. Elle plaide la cause des femmes stérilisées à leur insu à travers le monde et dans le cadre de différentes conférences, forums, rencontre et colloques elle parle de son cas pour dévoiler la vérité. Elle a d’ailleurs expliqué son cas lors d’une manifestation du Haut Commissariat des Nations Unis aux droits de l’homme à Genève, organisée en parallèle à la Conférence d’examen de Durban en avril 2009.



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