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Anna Poláková : Ma famille - victime d’agression
15-06-2009 - Vít Pohanka

Anna Poláková (Photo : Jana Šustová) «Nous avons décidé de partir au Canada parce que notre famille a été plusieurs fois physiquement agressée par les néonazis. », explique l’ex - rédactrice en chef de la section Rom à la Radio tchèque Anna Poláková. Il y a quelques années son fils a été agressé par des skinheads et malgré leur condamnation, ces derniers ont continué à menacer sa famille.

«D’après moi, il serait naïf de risquer d’autres agressions et un autre procès. En plus lorsqu’on est conscient de la situation en République tchèque, il faut se décider si on doit y rester, continuer à travailler, mener sa vie au même train, tout en sachant que l’on risque la vie d’un de ses enfants ou d’un membre de la famille. Il faut voir qu’au cours de ces vingt dernières années, plus de 30 Roms sont morts. Et puisque je le sais car je travaille dans ce domaine et je m’oriente bien dans ce milieu, je dois prendre en considération cette situation. Suite à mes expériences, la protection de ma famille a pris le dessus», souligne Anna Poláková, qui la semaine du 1 juin 2009 a demandé l’asile au Canada avec toute sa famille.

Anna Poláková fait interview avec Kumar Vishwanathan (Photo : Jana Šustová) Il y a quelques années, son fils Marek a été agressé par des skinheads et il n’a plus confiance en les autorités tchèques car les agressions n’ont pas cessé de continuer : « En République tchèque je n’ai confiance en personne. Il m’est arrivé plusieurs fois que j’ai été avec mes copains dans un bar et les Tchèques nous hurlaient après : Tirez-vous d’ici, les tsiganes ! Quand les flics sont arrivés, ils nous ont engueulés et nous ont envoyé à la maison sans avoir rien fait de plus.»

Interview de Vít Pohanka avec Anna Poláková :

Qu’est-ce qui vous a poussé à partir au Canada?

Mes expériences, le néonazisme croissant, le consentement d’une grande partie de la société avec se qui se passait, les agressions fréquentes envers ma famille et la peur pour mes proches.

Il y a quelques années, votre fils Marek s’est fait agresser. Pourriez-vous dire comment cela s’est-il passé?

Marek Polák (Photo : Jana Šustová) Marek revenait d’une discothèque et à Palmovka (quartier de Prague) il s’est fait agresser par quatre skinheads qui lui ont donné des coups de pied. Sa vie a été sauvée grâce à une patrouille de police qui passait par hasard. Les agresseurs se sont dispersés et mon fils est resté inconscient par terre. Il a été transporté à l’hôpital, ce que je n’ai appris que plus tard. Tous les agresseurs ont été condamnés à une peine avec sursis. Le tribunal a justifié sa délibération en disant qu’il s’agissait de jeunes gens qui se corrigeraient par cette peine modérée et que les autorités judiciaires ne voulaient pas les inculper. Quatre ans après l’agression de mon fils j’ai aperçu l’un des agresseurs à Lety près de Písek (en 2006) portant une affiche du Parti national. C’était au rassemblement organisé par le Parti national à l’occasion de l’inauguration de la plaque commémorative aux victimes de la Seconde Guerre mondiale en présence de la cofondatrice et présidente du Parti national Petra Edelmannová. J’ai averti les médias. Donc se gens ne se sont pas corrigés et continuent à développer leurs activités.

Est-ce que votre famille a ressenti que les agresseurs continuaient à développer leurs activités?

Un autre procès a suivi, suite auquel Marek a été indemnisé et chacun des agresseurs devait lui verser une somme de 25 000 couronnes tchèques. Que deux des quatre agresseurs ont payé le dédommagement. Suite à ce fait, peu de temps après, mon mari s’est fait verbalement agresser probablement par les amis des agresseurs, qui lui reprochaient de les avoir dénoncé, le procès, affirmant que Marek avait tout inventé et disaient que notre famille allait payer cher. Une semaine après mon mari s’est fait agresser physiquement. Il a été passé à tabac et plus tard ont a été sujet au chantage. Les agresseurs voulaient qu’on leur rembourse la somme de 50 000 couronnes de dédommagement

Je suppose que vous avez averti la police ou que vous avez essayé de vous défendre ?

Nous avons essayé de nous défendre. Par l’intermédiaire d’Ondřej Cakl (activiste anti extrémiste) j’ai obtenu le contact à la police. Nous avons appris que les agresseurs étaient décriés plus que la fausse monnaie et ils avaient sur leur compte plusieurs délits commis auparavant. Je sais qu’ils ont été mis sous écoute mais bientôt ils ont changé les SIM cartes de portables et on ne pouvait plus rien faire car les preuves manquaient. Ils n’ont pas pu être déclaré coupables uniquement suite à nos dires. Mais ils nous ont encore agressé et nous ont menacés pour les avoir dénoncé.

Ils vous ont menacé par téléphone ou comment?

Ils ont menacé mon mari. Ils ont toujours réussi à le trouver.

Dans la rue ou ailleurs?

Dans la rue. Mon mari nous le cachait et nous n’avons pas parlé des premières agressions à notre fils, on ne voulait pas qu’il le sache. Mais quinze jours après il y a eu ce chantage et on lui en a parlé. Lorsqu’il s’est fait agresser en 2002 on était dans le choc et on voulait qu’il quitte le pays pour vivre ailleurs. J’ai de la famille à l’étranger et on voulait qu’il la rejoigne pour l’empêcher d’être sujet aux agressions. Mais notre fils a dit que les quatre personnes qui l’on agressées ne représentaient pas la République tchèque entière, qu’il n’allait pas se laisser gâcher les études et qu’il ne quittera pas son foyer à cause de quatre personnes. Il ne se doutait guère de ce qui suivra. Personne de nous ne se doutait du bouleversement de la situation. Si je compare la situation en 1997, lorsque beaucoup de Roms ont émigrés, je dois dire que à l’heure actuelle c’est nettement pire. Il n’est pas difficile de le remarquer. Les néonazis marchent dans un défilé dans les rues et organisent des marches dans chaque ville. Je ne comprends pas pourquoi les autorités n’interviennent pas radicalement lorsque les néonazis défilent dans les rues à crier « heil », pour que les gens qui sont menacés, se sentent plus en sécurité et qu’ils aient l’impression que l’état les protège. Ce n’est ni le cas à Janov ni ailleurs - Janov est une cité à Litvínov au nord-ouest de la Bohême où il y a une très forte communauté rom. Les habitants se plaignent que les Roms font un tapage nocturne, saccagent le patrimoine privé et agressent les citoyens. Le Parti national s’efforce de remettre l’ordre (commentaire de la rédaction). Nous avons examiné le pour et le contre : ce qui nous menaçait et ce qui pourrait arriver. Les agresseurs possèdent nos adresses qui ont été citées au cours du procès. Un des condamnés a été défendu par l’avocat Skácel qui est le leader du Parti national, donc il est clair que nous sommes en danger.

Tout cela a duré plusieurs années. Quelle était la dernière impulsion qui vous a personnellement poussée à partir au Canada?

La dernière ou l’avant-dernière impulsion était l’agression verbale de ma fille Helenka fin 2008, devant la droguerie Rossmann où elle est allée acheter quelques bricoles. Elle a laissé son chien devant le magasin. Cinq hommes et une femme lui on lancé des insultes grossières et racistes en disant qu’elle n’avait pas le droit d’avoir un chien pareil et qu’elle le maltraitait. Ils ont formé un cercle autour d’elle, ils hurlaient et la pauvre fille était complètement désorientée. Les police municipal est arrivée en dix minutes mais les agents lui on dit : Vous n’y pouvez rien, les gens sont comme ça. Les agents de police n’ont pas fait appel à la police de l’état qui est compétente de réagir en cas de telles situations et possède le pouvoir de demander des pièces d’identité aux personnes respectives. Lorsque ma fille a réussit à se dégager du cercle, elle n’est même pas allée porter plainte mais elle est allée chez ma mère et là elle s’est effondrée. Ma mère a appelé mon fils à l’école en lui disant : Vas chercher Sofinka (fille de Helenka – note de la rédaction) à l’école maternelle parce que Helenka s’est effondrée, elle est ici et elle est complètement hors d’elle-même. Je n’étais pas au courant ces agressions car les enfants me le cachaient. J’ai tout appris que par hasard deux jours après par l’intermédiaire de ma sœur. Les enfants ne me l’on pas dit car ils savaient que je me tourmentais beaucoup. Et ils étaient conscients que ça n’allait pas du tout et ils avaient aussi peur pour moi car ils savaient que je supportais tout cela très mal. Je suis allée faire une déclaration à la police et deux moi plus tard la police municipale m’a informée que les agents avaient protégée ma fille et lui ont proposé de porter plainte, mais cela ne s’est pas passé comme ça. J’ai donc annexé la réponse des policiers aux autres documents dont je possède toute une pile et j’ai cessé d’espérer que quelqu’un pouvait nous protéger car je voyais bien que personne n’avait l’intérêt de le faire.

Si je comprends bien vous ne faites plus confiance à la police. Mais avez-vous essayé de vous défendre par exemple en avertissant les organes suprêmes de la police ou un juriste pour obtenir justice?

Premièrement je l’ai déjà fait une fois lorsque mon fils a été battu. Il y a eu un procès qui a attiré l’attention sur nous et cette histoire nous a poursuivies pendant plusieurs années. Je n’avais plus la force d’exhiber mes enfants en public parce que j’avais peur que cela puisse leur nuire encore plus. Nous l’avons déjà fait une fois, je suis allée jusqu’au bout de la cause et après mes enfants étaient de tout façon en danger car ils étaient publiquement connus. A l’époque nous ne sommes pas partis de la République tchèque car nous espérions obtenir justice, mais cela ne s’est pas produit.

La République tchèque a adhéré à l’Union européenne en 2004, pourquoi donc partir au Canada, alors que vous avez pu librement passer en Grande Bretagne, en Irlande ou dans n’importe quel pays de l’Union européenne?

Evidemment nous y avons pensé mais d’après mon opinion la croissance du néonazisme traverse l’Europe entière et c’est pour cela que nous avons opté pour l’endroit le plus éloigné.

Beaucoup de gens vont dire : Si vous veniez en Grande Bretagne, vous ne pourriez pas demander l’asile politique car c’est un pays de l’Union européenne alors qu’au Canda vous pouvez le demander, vous y obtiendrez des allocations et on s’occupera de vous. Que dites vous de cet argument?

Je voulais partir le plus loin possible pour protéger mes enfants. Je me fie à mes expériences. Le fait que nous sommes partis au Canada est pour nous très difficile car personne de ma famille n’a jamais récupéré d’allocations sociales. Je travaillais et notre objectif était d’éduquer nos enfants et leur procurer une formation. Mon fils Marek étudie à l’université et moi-même je faisais des études à l’Université de Masaryk que j’ai interrompu à cause de notre départ. Ma fille a passé son baccalauréat et elle avait la possibilité d’étudier à l’université américaine. Elle était un des candidats probable pour obtenir une bourse à l’université qui est ouverte en République tchèque pour le soutien des étudiants Roms. Toutes mes activités ont donc été interrompues et il est tout à fait clair qu’il sera pour moi très difficile d’arriver à la même position que j’ai eu en République tchèque au Canada. Et il est encore à voir si j’y arriverai.

Vous avez travaillé ou vous travaillez encore à la Radio tchèque en République tchèque et vous avez une connaissance générale très vaste. Est-ce que vous pensez vraiment que la situation est si mauvaise qu’une personne comme vous qui a la capacité de s’orienter dans cette société ne pourrait pas obtenir justice et la protection de sa famille?

Comme je l’ai déjà ait une fois je n’ai pas obtenu justice. J’ai été au tribunal et il serait naïf de ma part de risquer une autre agression et un autre procès. En soulignant que lorsqu’on se rend vraiment bien compte de la situation en République tchèque, il faut se décider si on doit est à juger si on doit rester, continuer à travailler, mener sa vie au même train, tout en sachant que l’on risque la vie d’un de ses enfants ou d’un membre de la famille. Il faut voire qu’au cours de ces vingt dernières années, plus de 30 Roms sont morts. Et puisque je le sais car je travaille dans ce domaine et je m’oriente bien dans ce milieu, je dois prendre en considération cette situation. Suite à mes expériences, la protection de ma famille a pris le dessus.

Traduit par Jaroslava Gregorová



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