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26.2.2020
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Tania Magy et son voyage féerique en caravane musée

Tania Magy Lorsqu’elle était à l’école, on lui faisait assez souvent remarquer qu’elle avait des réactions pas très normales et sauvages. Est-ce que ses réactions n’étaient pas plutôt naturelles et pas coincées comme celles de ses camarades de classe?! Habituée à la vie des marchés et du grand air, Tania Magy était tout simplement différente. Et celui qui est différent et marche contre le courant est bizarre.

« On me faisait remarquer que mes parents étaient différents parce que ils étaient forains, mais comme j’ai été élevée dans une école privée et que mes parents s’impliquaient beaucoup dans la vie de cette école, par exemple en faisant des stands pour des jeux lors des kermesses, j’ai pris le contre-pied. J’allais à contre courant de ce que l’on pouvait me dire de négatif pour découvrir la culture des autre car j’étais et je suis toujours quelqu’un de très curieux. Par contre il me faut des moments de calme pour me souvenir de ce qui a été dit ou fait et puis-voir dans quelle mesure cela peut participer à mon évolution. Je me souviens qu’à l’école je me battais souvent pour me défendre. Actuellement je ne me bats plus, sauf pour les idées et j’espère bien de ne plus avoir à me battre avec mes poings», raconte Tania ses souvenirs d’enfance avec un rire sincère.

En Charleroi La plasticienne gitane Tania Magy, née en 1972, voyage à travers la France dans sa caravane musée, qu’elle a crée en 2004. Elle fait découvrir aux visiteurs de sa caravane les expressions contemporaines et les actions effectuées par l’intermédiaire de l’Association Art Rom de Voyages de ce peuple originaire du Bengale. On peut se poser la question pourquoi Tania qui a fait des études d’arts plastiques à la Sorbonne et dont les recherches sont axées en particuliers à l’histoire des arts tsiganes a choisit de sillonner la France avec sa caravane. C’est elle même qui nous dira la raison de son cheminement.

« Je suis née d’un père gitan que je n’ai jamais connu. Par la suite des événements j’ai vécu dans une famille de commerçants forains. On a toujours habité soit dans un HLM ou en chemin car mes parents allaient chercher la marchandise pour les marchés assez loin. Je pensais souvent à mon père, mais dans ma famille on ne voulait pas m’en parler. Par contre beaucoup de gitans autour de moi m’en parlaient et mon seul rêve a été de le retrouver. J’avais deux solutions dans ma vie : faire les marchés comme mes parents ou faire des études, j’ai lié les deux grâce aux arts forains. »

Tania Magy Tania a choisit la rupture, faire des études en arts plastiques et de retrouver son père. Poussée par se désir cuisant elle a entrepris une thèse sur le sujet de l’art rom et a passé quatre ans sur les routes auprès des familles tsiganes ou autres nomades.

«Quand je parle de l’art rom, c’est l’art des tsiganes. Je suis allée dans lieux qui sont aussi fréquenté par d’autres personnes, des gadjé. Au fur et à mesure j’ai commencé à rencontrer des grands artistes, des artistes moins connus du grand public, voir inconnus. J’en ai rencontré trois sortes, les artistes rom (les tsiganes), comme Gérard Gartner, Sandra Jayat, Mona Metbach, d’autre part des artistes qui sont tout à fait différents, des gadjé et puis des artistes qui sont entre les deux, c'est-à-dire qui travaillent tout ce qui est transversal, sur le thème du nomadisme ou du cirque, un peu comme les personnes qui sont autour de nous à Itinérance.» (Itinérance est un festival d’artistes qui ne tiennent pas en place. Le festival s’est tenu pour la premiére fois en avril 2008 à Bruxelles.)

Le fait d’avoir entrepris sa thèse sur le sujet de l’art rom a permis à Tania Magy de retrouver la trace de son père, malheureusement il venait justement de décéder.

« Je n’ai donc jamais connu mon père, le destin l’a ainsi voulu. Bien sûr que j’étais un peu déçue, mais il y avait aussi du positif car j’ai rencontré pour la première fois mes frères, dont un qui m’a énormément parlé de lui et qui lui ressemble beaucoup. J’ai pu lui dire ce que je n’ai jamais dit à mon père. Cela a été pour moi un événement assez fort, dans la mesure que lorsque j’ai écrit ma thèse, j’ai pensé tout le temps à lui. J’ai réalisée ma thèse à la Sorbonne, Paris 1, sous la direction du professeur émérite Jacques Cohen et j’ai dédié toute ma recherche non seulement aux Roms, mais aussi à mon père. Je me suis dis que puisque mon père était gitan et qu’il y a tout ce vécu derrière moi, je vais prendre à mon tour la route. J’avais déjà en tête l’idée de fonder une petite compagnie, une Association. Pour des raisons pratiques je me suis procuré une caravane, c’est bien plus facile pour voyager.»

Tania voyage avec sa caravane musée qui renferme le secret et l’histoire de l’art rom. Comme elle est professeur d’arts plastiques, Tania stationne près des lieux où elle travaille : collèges, lycées, écoles primaires. Elle essaie de grignoter du terrain dans la mesure où elle propose de présenter sa caravane musée, elle réalise ses ateliers pendant les vacances ou les week-ends et participe à de grands festivals. La caravane sert à de multiples fonctions dont la première est bien évidemment celle d’un petit musée. Elle récolte avec ses assistants des catalogues d’expositions, des œuvres d’artistes et autres. Ensuite la caravane sert de lieu d’habitation et elle est également utilisée pour réaliser des ateliers sur les aires d’accueil en France auprès des manouches, des familles gitanes et chez les roms qui vivent dans les squats ou dans des friches industrielles assez proches des grandes villes. Tania Magy aura l’amabilité de nous faire une petite visite de sa caravane.

« Bienvenue. Avant d’entrer dans la caravane musée, il y a toute une exposition à l’extérieur : un parapluie forain, un fil à linge avec des panneaux qui sont plastifiés à cause de l’humidité et du vent et qui parlent de notre vie, présentent notre association, ses objectifs et son but, ensuite vous avez une série sur les instruments de musique, puis sur les différents festivals que nous avons pu pratiquer, par exemple le premier festival Tsiganes de Bergerac, le festival Django et des images un peu choc, un peu amusantes qui mettent en scène par exemple la caravane et la voiture, un château ou un endroit féerique qui montre un peu le stéréotype aux gadjé qui disent que les tsiganes sont des gens sales qui vivent dans des déchets. On essaie justement de jouer, vu que l’on est dans le domaine artistique, sur ce stéréotype, pour montrer que l’on peu aller de l’au-delà et que les tsiganes ne sont ni sales, ni voleurs d’enfants, ni méchants.

Marina Obradović, Tania Magy et France Everard Devant la caravane vous avez un stand qui présente des objets un peu rares qui nous ont été laissés par des artistes. Il y a par exemple le livre d’Alexandre Bouglione cirque Romanes, le livre de Gérard Gartner sculpteur Rom et écrivain, des ouvrages qui parlent des droits de roms en France comme par exemple l’ouvrage de Xavier Rotea.

Lorsque vous entrez dans la caravane vous avez différents panneaux et des dédicaces de personnes qui nous croisent en chemin et qui sont des chercheurs, des tsiganologues ou bien des Roms, des Gitans, des Manouches qui signent cette caravane et amènent leur touche personnelle pour que ce soit vraiment un musée, quelque chose de vivant. Au fur et à mesure de nos festivals, de notre itinérance et des installations de notre route nous changeons cette petite installation. Nous rajoutons des objets et nous en enlevons d’autres. Par exemple au niveau des documents pédagogiques pour les enfants, pour les écoles il y a une série de panneaux qui présente des traces d’ateliers réalisés avec les enfants sur les terrains, ensuite il ya des aquarelles que je peins et qui représentent en général la vie des campements. Il y a aussi des mots en romanes et des mots en français pour apprendre à lire et à écrire aux enfants, des illustrations avec des caravanes, des animaux, des personnages, des tableaux qui nous ont été offerts par d’autres artistes, des photos que Nouka Maximoff nous a envoyé de son père écrivain rom Matéo Maximoff, des trace de Mona Metbach, Philippe Chèvre, professeur d’université dont la première photo est celle des Roms de Pécharmant en dordogne quand il était petit, France Everard qui nous a fait un petit tableau, Lucia Fratellini, l’exposition de Jacky Craissac, gitan catalan et créateur d’instruments, un souvenir du pèlerinage de Gien, de très d’anciens cartons d’invitations d’exposition tsiganes, des Papusza – marionnettes que l’on a fabriqués, des poupées gitanes qui dansent – ce genre poupées que l’on trouve en Espagne, des carnets de route, des carnets de voyage et tous ce qui peut être la trace d’atelier que l’on réalise avec des enfants en collège ou en lycée qui sont amené plus tard soit à rencontrer la culture rom parce que peut-être ils créeront plus tard des entreprises dans d’autres pays ou en France avec la main d’œuvre à l’étranger.»

Récemment le CRARC et le CASNAV33 ont demandé à Tania de former des jeunes étudiants à la culture rom pour qu’ils comprennent mieux la culture et la vie quotidienne des tsiganes, pour qu’il y ait une meilleure communication. Il s’agit du projet d’Etudes pour les non discriminations développés en France et en Europe.

Il est certainement intéressant de parler un peu de l’Association Art Rom de voyages, créée en 1998, dont le but est la promotion des arts tsiganes et du voyage et qui est ouverte aussi à d’autres personnes. Au début il n’y avait que trois : la présidente Gaëlla Loiseau, ethnologue, Guillaume Malinge, documentaliste de l’Association et Tania Magy, secrétaire et trésorière de la structure. Actuellement l’Association Art Rom de voyage compte une centaine d’adhérents dans toute la France et dans d’autres pays, par exemple en Angleterre, en Espagne, en Irlande et Italie. Les adhérents participent de près ou de loin aux activités de l’association. L’association fonctionne en plusieurs parties. La parole est encore une fois à Tania Magy.

« La partie la plus administrative concerne notre domiciliation car on travaille avec des structures qui sont proche des arts de la rue ou des arts de la piste. Nous avons un centre ressource dont le but est de fonctionner à terme avec les Etudes tsiganes à Paris pour permettre à des personnes qui n’ont pas accès aux documents de pouvoir se renseigner. Grâce à notre blog sur Internet nous faisons également la promotion des arts tsiganes. Ce que je considère être le plus important, c’est le travail de terrain qui englobe différentes activités. En ce moment par exemple nous travaillons sur le thème Art et santé avec des animateurs d’un Centre social : une infirmière, des médecins ceci par le biais des ateliers d’art plastiques. L’objectif est de montrer à des enfants tsiganes, manouches ou roms ainsi qu’à des adultes les dangers et les risques de la vie nomades. C'est-à-dire en premier lieu les dangers domestiques comme les brûlures, l’eau de javel, les prises de toxiques, le saturnisme, lorsque les ferrailleurs travaillent avec du plomb ou autres maladies du genre. Ensuite le Centre comprend la PMI– Protection maternelle et infantile pour les jeunes mamans, parents et leurs enfants. On essaye de confectionner des petites œuvres qui parlent de soi, par exemple comment se représenter, comment faire un autoportrait ou une petite sculpture qui montreraient comment les enfants tsiganes se perçoivent, comment on perçoit sa maladie ou la maladie de l’autre. Pour contrebalancer ces moments malheureux on parle aussi des moments heureux, des moments de bonheur et ce qui revient le plus fréquemment chez les enfants et les jeunes adultes c’est la vie en famille, la vie du voyage, les mariages, les anniversaires, les grandes fêtes. Puis il y a les moments un peu plus fort et plus ténébreux, comme les Pomanas, rites, pratiqués à l’occasion d’un décès. Pour la Pomana on choisit quelqu’un qui a bien connu le défunt et la personne est censée de se vêtir avec les vêtements du mort et prendre l’intonation des phrases clefs qui représentent le personnage défunt. Ainsi elle rappelle son souvenir, ce qui permet aux personnes qui n’ont pas pu s’exprimer de passer des messages au défunt. »

Tania Magy était très contente lorsqu’elle a découvert sur Internet qu’il y avait un vrai Musée de la culture rom à Brno. Et elle s’est dit: « On n’est pas tout seul, c’est très important. »

Écrit par Jaroslava Gregorová
Entretien et photos : Jana Šustová

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