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Visite du Musée de la culture rom à Brno
21-10-2007 - Anna Kubista
Le bâtiment est le plus pimpant de toute la rue Bratislavska à Brno. Façade vert pomme soigneusement ravalée et gigantesque fresque bariolée où l'on soupçonne quelque inspiration chagallienne, le Musée de la culture rom se trouve un peu à l'écart du centre de la ville. Il faut donc connaître son existence pour le trouver.

A l'intérieur, les locaux du Musée de la culture rom semblent être encore en cours de préparation, en phase d'aménagement. Aux étages supérieurs, les bureaux où se trouve, entre autres, la directrice, Jana Horvathova, une séduisante femme d'une quarantaine d'années née d'un mariage mixte. Energique, elle accorde volontiers des entretiens, mais dispose de peu de temps. Dans son bureau, c'est une gigantesque tenture indienne, représentant une épopée épique, qui attire immédiatement le regard. Histoire de se raffraîchir la mémoire, si besoin est, car les Roms viennent de loin. De l'Inde lointaine et mythique.

Jana Horvathova Mais pour le musée, tout commence en 1991 lorsqu'un petit groupe de l'intelligentsia rom de Brno - essentiellement composé d'historiens et d'ethnographes, décide de se lancer dans la fondation d'un musée de la culture rom. Un projet qui avait d'ailleurs fait partie du programme de plusieurs partis politiques de l'après-révolution de velours, mais sans jamais être concrétisé. Pour Jana Horvathova et les autres intellectuels, l'équation est simple à l'époque : qui d'autre que les Roms eux-mêmes peut finalement mener à bien le projet ? Malgré la bonne volonté et l'énergie, une telle entreprise est aussi synonyme de vaches maigres. Fonctionnant d'abord comme une association, ce n'est qu'en 2005 que celle-ci devient une organisation bénéficiant du financement de l'Etat.

Dans le vestibule qui sert de sas d'entrée avant l'unique salle d'exposition permanente ouverte au public, le visiteur est plongé directement dans un tourbillon visuel et sonore : entre une télévision, de la musique tzigane et les murs tapissés de coupures de journaux, les mots « racisme », « skinheads », « vol » sont ceux qui sautent aux yeux le plus fréquemment, de grands panneaux en plastique pendent depuis le plafond comme des rideaux de mauvais augure, reproduisant des titres accrocheurs de la presse tchèque, presse à scandale, mais pas seulement.

Il a fallu attendre 2005 pour que le musée puisse enfin inaugurer la première partie de son exposition permanente, consacrée à la période de l'après-1945 à 1989. Près de quinze ans donc après sa création. Un soutien financier important accordé par le gouvernement des Pays-Bas impliquait également quelques consignes, dont celle de commencer par cette période, qui traite entre autres de l'holocauste rom. Jana Horvathova explique donc que le musée monte son exposition permanente à rebours chronologiquement. Avec pour objectif d'englober l'histoire rom des origines jusqu'à nos jours :

« Au début, quand nous avons fondé le musée, nous ne voulions pas nous limiter, par exemple en envisageant uniquement les Roms de Tchécoslovaquie ou d'Europe centrale. Bien entendu, la majorité des oeuvres de notre collection proviennent du territoire de l'ancienne fédération. Mais quand nous avons l'occasion d'aller à l'étranger, nous saisissons cette occasion et essayons de nous documenter sur la vie des Roms là-bas, car c'est un bon moyen de comparaison et c'est très intéressant de voir les éléments communs de la vie des Roms dans différents pays. L'expédition la plus réussie a été celle en Bulgarie en 1998. Nous avons pu nous y documenter sur une forme d'artisanat qui n'existe plus ni chez nous ni en Slovaquie : la chaudronnerie, un artisanat rom typique, surtout pour le groupe des Kalderaches, des chaudronniers qui venaient de Roumanie à l'origine mais qui sont aujourd'hui disséminés à travers le monde. »

Car à côté de l'aspect historique, une large place est accordée aux traditions, aux aspects socio-culturels, à l'art et l'artisanat rom. La grande salle est divisée en deux parties de taille différente : la partie la plus petite, où dominent le noir et blanc et les tonalités grises, rappelle la position de l'Etat communiste vis-à-vis des Roms basée sur le principe de l'assimilation. Il s'agit surtout de panneaux muraux avec photos d'un passé douloureux pour les Roms, depuis leur extermination sous le protectorat nazi jusqu'aux différentes mesures visant à effacer leur singularité, leur identité. La partie la plus importante explose de couleurs : sur un fond rose pivoine à motifs, des panneaux avec des paravents en osier tressé, des vitrines d'expositions thématiques : le mariage, la naissance, la mort, la musique, tout cela avec des textes en tchèque et en langue rom qui sont des citations de Roms, des souvenirs, des extraits d'entretiens enregistrés sur le terrain et retranscrits... Une confrontation d'objets et de paroles qui rend le parcours vivant, surtout pour les personnes qui ne connaissent la culture rom que de manière superficielle. Mais d'ailleurs, qui sont les personnes qui viennent le plus au Musée de la culture rom ? Jana Horvathova :

« Nos visiteurs les plus nombreux, ce sontt surtout des jeunes, des écoliers. Nous en sommes d'ailleurs très heureux : de l'école primaire à l'université, ils viennent au musée. D'ailleurs nous avons deux cours à l'université Masaryk de Brno. Mais sinon nous avons aussi des adultes, surtout venus de l'étranger et qui savent nous trouver sur Internet et viennent pour nous voir. Bien entendu, pour l'heure les Roms sont en minorité, mais ce qui est positif, c'est que nous avons remarqué une augmentation des visiteurs roms. Quand ils viennent, c'est en général une vraie surprise pour eux. Ils nous écrivent même dans le registre des visites qu'ils sont fiers de la culture rom, qu'eux-mêmes ne la connaissaient parfois plus ou ne l'avaient pas apprise de leurs proches. Pour nous, ça, c'est notre plus grande joie. »

Jana Horvathova le souligne : les objets exposés ne sont que le sommet de l'iceberg. Et les réserves du musée abritent des collections en attente d'être montrées au public lors d'expositions temporaires. En attente de trouver une place dans les futures salles du musée. Au coeur de ces collections, l'artisanat rom traditionnel. Car ce sont les modes de vie, par définition des éléments qui définissent une identité, qui préoccupent en premier lieu les animateurs du musée : habitat traditionnel et son évolution, aménagement intérieur et décoration, vêtements et tissus, bijoux... des collections que viennent compléter des posters, des manuscrits, des photographies et des enregistrements audio et vidéo. Une manière aussi de conserver et garder en mémoire une culture de tradition orale et dont les traits identitaires tendent à se fondre et à disparaître.

Quinze ans après la fondation de ce musée qui n'a pas d'équivalent au monde, les locaux et la conception muséographique ne peuvent que laisser présager d'un mieux à venir. Mais pour Jana Horvathova, rien n'est encore gagné :

« Comment je vois notre avenir? Je pense déjà que depuis le début de l'année 2005, une des pierres les plus importantes a été posée, dans le sens où nous avons la partie existentielle qui est plus ou moins assurée grâce aux contributions de l'Etat. L'avenir, je le vois ainsi : une amélioration de l'équipe du musée et donc du travail. Nous avons fait des progrès importants mais nous ne pouvons pas être entièrement satisfaits. La tâche principale qui nous attend, c'est de terminer l'exposition permanente. Quand nous l'aurons entièrement ouverte, alors seulement nous pourrons dire que nous sommes un vrai musée. Pour l'heure, nous n'en sommes qu'à la moitié, nous ne faisons pas partie des musées qui ont une tradition vieille de dix ans. Nos quinze ans d'existence en tant qu'ONG se sont déroulés dans de très mauvaises conditions. Donc nous sommes toujours des débutants. »



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